Mai, mois de l'Eurovision. Première partie : le Royaume-Uni

Publié le par Daniel LESUEUR

Le grand concours de l’Eurovision a commencé en 1956. Il a connu des hauts et des bas… parfois même des incidents. Et strictement en matière de chansons, c’est comme le vin, il y eut de bonnes et de mauvaises cuvées. Mais, bon an mal an, lorsque le Royaume-Uni n’était pas Premier, les chansons, parfois d'excellente facture, envahissaient les postes de radio et les juke-boxes.

Un bilan comptable

En 55 ans d’existence, le Concours de l’Eurovision a vu gagner l’Irlande 7 fois, le Royaume-Uni, le Luxembourg et la France 5 fois. Le but avoué étant de séduire le plus grand nombre de votants en les choquant le moins possible, la quasi-totalité des chansons présentées sont fades jusqu’à, souvent, l’indigence. Pour s’en persuader, il suffit de se rendre sur le site de You Tube où il ne manque pas une de ces chansons qui, pour la plus grande majorité, n’ont jamais été rediffusées à la radio depuis l’année de leur publication. Les débuts…

La première année (1956) le Royaume-Uni n’était pas représenté

Ce spectacle de télévision européen (d’où le nom Euro-vision) ne comptait alors que 7 pays : France, Belgique, Pays-Bas, Italie, Suisse, Allemagne de l’ouest, Luxembourg. Mais dès 1957 le Royaume-Uni entrait en lice. Bon, soyons honnête, la chanson proposée, « All » par Patricia Bredin, a fini 7ème sur 10 et n’a pas marqué les esprits. Mais son style était vraiment très en retard sur la musique de l’époque. Fut-ce pour, justement, rattraper son retard, que le Royaume-Uni ne participa pas à l’Eurovision l’année suivante (1958) ?

Peut-être eut-il mieux valu attendre encore un peu ?

Le duo Teddy Johnson & Pearl Carr interprétant «Sing little birdie » est aujourd’hui très pénible à écouter. Pourtant il finit deuxième. C’est donc la première « bonne » place du Royaume-Uni, en 1959. Usurpée… ou bien les concurrents étaient-ils pire encore ? Toujours est-il que l’année suivante (1960), le Royaume-Uni est à nouveau deuxième, cette fois avec « Looking high high high » interprété par Bryan Johnson. 1960 allait marquer un tournant… Jusqu’à 1960, la Grande-Bretagne, en matière de variété, était très à la traîne de son cousin outre-Atlantique. Mais dès l’année suivante (1961), un air nouveau se mettait à souffler… qui se transforma en bouleversement dès 1962 et la naissance de l’école de Liverpool. Se ressaisissant, le Royaume-Uni propose en effet en 1961 le fabuleux « Are you sure ? » par le duo the Allisons. Un titre que l’on peut réécouter en boucle encore aujourd’hui. Reconnaissons qu’il s’agit d’une copie conforme des meilleurs titres de l’époque du duo américain Everly Brothers qu’ils copient jusque dans leur look.

Le but était atteint : obtenir un bon classement (2ème) avec une chanson d’excellente facture

Le pays classé premier est le Luxembourg, avec « Nous les amoureux » chanté par le crooner français Jean-Claude Pascal. Les Allisons (qui n’auront plus d’autre succès) vendent énormément de « Are you sure ? », se retrouvant N°1 au hit-parade britannique. Ils enregistrent leur chanson en allemand. Et en France c’est Richard Anthony qui en délivre une excellente adaptation, « Sœur Anne ».

1962 / 1963, la rechute

Ces deux années-là, le Royaume-Uni propose le chanteur Ronnie Carroll, avec deux chansons sans grande originalité : « Roses are red » en 1962, « Say wonderful things » en 1963. Les deux fois, il se classe 4ème sur 16. Signalons –car tout le monde l’a oublié- que Françoise Hardy en 1963 représentait Monaco avec « L’Amour s’en va ». Elle est magnifique… mais n’a pas gagné ! En 1964 et 1965, difficile de contrer Gigliola Cinquetti et France Gall En 1964 l'Italie l'emporte haut la main avec le superbe "Non ho l'eta". L'année suivante, avec « Poupée de cire, poupée de son », une chanson de Gainsbourg, c’était gagné d’avance pour le Luxembourg. D’autant que les participations de l’United Kingdom étaient mièvre (Matt Monro « I Love the little things » et Kathy kirby "I Belong"). Contre toute attente l’Angleterre finit deuxième dans les deux cas. C’était bien payé !

1967 : une poupée dans un string !

Mauvaise traduction, heureusement corrigée par l’interprète elle-même. 1967 est l’année du raz-de-marée britannique : Sandie Shaw, surnommée « la chanteuse aux pieds nus » car elle ne porte jamais de chaussures sur scène, remporte la première place avec « Puppet on a string ». Sandie, qui a déjà enregistré de nombreuses fois en français, publie simultanément l’adaptation « Comme un tout petit pantin ». « Puppet on a string » est indiscutablement le plus gros succès européen de l’année, au même titre que « Whiter shade of pale » de Procol Harum.

1968 : le retour du vétéran

Ceux qui étaient persuadés que le concours de l’Eurovision était fait pour découvrir de nouveaux talents se sont bien trompés : voici venir Cliff Richard, sans son groupe les Shadows. Loin d’être un « jeune talent », Cliff a derrière lui une carrière longue de dix ans. Il n’a donc pas le trac, et l’habitude de la scène joue pour lui. Avec « Congratulations », il finit deuxième derrière l’Espagne. En France, cette année-là, le festival, qui se déroule chaque année en mai, est troublé par les « Evènements » de mai 68.

1969, une victoire… partagée

Du jamais vu depuis 1956 : cette année-là, sur 16 pays, quatre sont gagnants ex aequo ! La Grande-Bretagne avait présenté « Boom bang-a-gang », chanson sans grande originalité interprétée par Lulu, chanteuse vedette dans son pays depuis 1963. La participation française, « Un jour, un enfant » par Frida Boccara, gagnante elle aussi, était d’excellente facture.

1970, l’agréable surprise

Le Royaume-Uni présente Mary Hopkin, jeune Galloise découverte l’année précédente par Paul McCartney. Mary avait obtenu un énorme succès international avec « Those were the days » / « Le temps des fleurs » en 1968. Elle réitère avec cette superbe chanson, « Knock knock who’s there », coécrite par John Carter.

1971, un palier

Mauvaise pioche, et c’est dommage : la chanteuse Clodagh Rodgers aurait pu faire nettement mieux que 4ème à l’Eurovision si on lui avait confié une meilleure chanson (elle l’avait prouvé au hit-parade avec « Come back and shake me », elle est talentueuse). 1972, des « nouveaux » Seekers Dans les années 60, le groupe des Seekers avait figuré plusieurs fois au hit-parade (« Georgy girl », « The carnival is over », etc.). Mais là il s’agit d’un tout autre groupe, les New Seekers. Leur excellente chanson « Beg, steal or borrow » est deuxième. Le jury préféra « Après toi » par Vicky Leandros, également excellente. Bref… 1972, très bonne cuvée !

1973 : le retour du vétéran… BIS !

Et oui, Cliff Richard revient, cette fois avec « Power to all our friends » ; Cliff n’est toujours pas accompagné par son groupe les Shadows. Mais en contrepartie les Shadows (sans Cliff Richard) se présenteront en 1975 et se classeront deuxièmes avec « Let me be the one ». Dans l’immédiat, Cliff est classé 3ème.

1974 : une véritable révélation

La mignonne Olivia Newton-John avait fait peu d’impression au sein de son premier groupe, Toomorrow. Sa participation à l’Eurovision avec « Long Live love » lui offre un formidable tremplin. Elle finit seulement 4ème (difficile de rivaliser avec « Waterloo » de Abba) mais s’apprête à mener une incroyable carrière internationale grâce au film « Grease ».

Mai, mois de l'Eurovision. Première partie : le Royaume-Uni

Publié dans musique

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