Louis Armstrong, le père du jazz classique

Publié le par Daniel LESUEUR

Au hit-parade, à 64 ans, il damait encore le pion aux Beatles !

Le "Parrain" des jazzmen n'a jamais autant vendu de disques que lorsqu'il lorgnait vers la variété : "Hello Dolly" et "What a wonderful world" sont ses plus gros tubes

Daniel Louis Armstrong est né le Jour de l'Indépendance, le 4 juillet 1900. Il est surnommé "Satchmo" (le raccourci de "satchel mouth", "bouche en forme de sachet"). Il est, historiquement, le premier jazzman mondialement connu (Sidney Bechet, né comme lui à la Nouvelle-Orleans, est de quelques années son aîné... mais sa vie aventureuse pour ne pas dire dissolue, a quelque peu retardé son accès à la notoriété).

La zone...

Il grandit dans un quartier pauvre. A 13 ans, il célèbre la Saint-Sylvestre en tirant des coups de feu dans la rue... et se retrouve en maison de correction où il apprend des rudiments de trompette. Libéré au bout d'un an, il exerce, le jour, de nombreux petits boulots simplement pour ne pas mourir de faim, et le soir joue du jazz avec les musiciens de la Nouvelle-Orleans. Certains, lorsqu'ils seront devenus connus, n'oublieront pas le petit "Satchmo". C'est ainsi qu'il est engagé dans l'orchestre de Kid Ory et se fait remarquer par King Oliver qui, en 1922, le transporte à Chicago. Mais au bout de deux ans Louis a envie de passer en vedette et accepte la place de premier trompette, cette fois à New York, dans le jazz band de Fletcher Henderson. Accompagnateur des Grands Louis enregistre ses premiers 78 tours de jazz mais ne rechigne pas à jouer du blues... surtout quand il s'agit d'accompagner la divine Bessie Smith.

En 1925 il retourne à Chicago et devient chef d'orchestre ; sous sa direction, les musiciens qui accompagnent généralement son épouse, la pianiste Lil Hardin. C'est une formation légère (les Hot Five) sans basse ni batterie. "L'amour rend aveugle", dit-on. Dans le cas de Louis, l'amour rend sourd : beaucoup de musicologues s'accordent à dire que sa femme "tape sur son piano comme sur des soupières" (André Francis, "Jazz", éditions du Seuil). Même si les musiciens changent, ils restent cinq Les mêmes musicologues qui n'hésitent pas à souligner les faiblesses de ses accompagnateurs, reconnaissent le génie d'Armstrong qui, de l'avis de tous, à dix ans d'avance sur tout ce qui se fait à l'époque. Sensible aux critiques comme aux compliments, Louis, en 1929, plante le Hot Five et repart, seul, à la conquête de New York.

Jusqu'à 1947, il se produit, en soliste, à la tête de grandes formations Une position enviable mais impitoyable En vedette sur le devant de la scène, il se doit d'être le meilleur. Cette lutte de chaque instant a pour conséquence de complètement bousiller ses lèvres.

En 1948, il revient à une formule plus légère, le sextette. Il participe la même année au Premier Festival de Jazz de Nice, la ville où fut composée la chanson "C'est si bon" dont Armstrong a fait le principal succès mondial de 1947. Car pour compenser son impossibilité d'user ses lèvres, il s'est mis à chanter... notamment « La Vie en rose » et le monde est à ses pieds, notamment à Paris salle Pleyel plusieurs soirs de suite en 1949. Il ne reviendra plus en France pendant 16 ans.

1926 : l’anecdote qui décoiffe !

Incroyable mais vrai, l’onomatopée rock du type "A wop bop a lu bop, a wop bam boom" que l'on connaît dans "Tutti frutti" de Little Richard a été inventée par… Louis Armstrong, et de manière fortuite : il était en train d’enregistrer la chanson « Heebie jeebies » lorsque la partition tomba à terre. Plutôt que d’arrêter la séance pour la reprendre à son début, il préféra improviser, le temps de ramasser la feuille, dans un style qui s’apparente au scat : des sons, des syllabes… qui ne veulent rien dire mais qui swinguent à mort.

Sa voix rocailleuse fait merveille

Il enregistre "Blueberry hill" des années avant Fats Domino. En pleine Beatlemania (1964), alors que les hit-parades sont monopolisés par des teenagers (moins de vingt ans), nul ne s'attend à ce qu'un pépé de soixante-quatre ans s'empare du top américain (et n°4 en Grande-Bretagne). L'on ne s'attendait pas non plus, de la part d'un jazzman comme lui, à l'entendre, en compétition avec Petula Clark, interpréter "Hello Dolly", une chanson de variété extraite d'une comédie musicale à la mode de Broadway.

L'Olympia est trop petit pour lui

Avec ses 2 500 sièges, la célèbre salle n'est pas suffisante pour Armstrong : le 4 juin 1965 il fait accourir 10 000 passionnés faite au Palais des Sports de Paris. Mais son succès est de courte durée : deux semaines plus tard, les Beatles, eux, déplacent 12 000 fans. A l'âge de la retraite... A 68 ans, en plein "mai 68", il se retrouve n°1 en Angleterre avec "What A Wonderful World". Une chanson qui sera revitalisée en 1988 grâce au film "Good Morning, Vietnam".

En février 1971, il est opéré des cordes vocales, ce qui l'empêche désormais définitivement de souffler dans sa trompette.

"Armstrong, un jour, tôt ou tard, on n'est que des os. Est-ce que les tiens seront noirs ? Ce s'rait rigolo" chantait Nougaro dans son hymne à l'égalité raciale repris en 2009 par Maurane.

Il meurt deux jours après son anniversaire, le 6 juillet 1971. Recordman de longévité, Armstrong, jusqu'à preuve du contraire, avait été le plus vieil interprète à dominer les hit-parades anglo-saxons.

Louis Armstrong, le père du jazz classique

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