Kubrick a lancé sa carrière sur un coup de bluff

Publié le par Daniel LESUEUR

A la mort de Roosevelt, il fit poser longuement un vendeur de journaux... et présenta le cliché comme un instantané ! Le subterfuge s'avéra payant.

Kubrick, en 1944, était passionné par la photographie.

A peine âgé de 17 ans, il ne se séparait jamais d’un encombrant appareil... qu’il dissimulait dans un sac non moins encombrant. Le dit sac était troué à l’emplacement de l’objectif afin que le lycéen puisse, en toutes circonstances, réaliser des clichés instantanés à l’insu de ses modèles. Un modèle, et pas des moindres... Au sujet de Cartier-Bresson, un fameux critique avait parlé de photos représentant le « moment décisif ». La formule n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

Kubrick serait le prochain Cartier-Bresson

Alors, certes, en quelques mois, Stanley avait réalisé de nombreux clichés représentant des « moments décisifs »... mais aucun ne présentait réellement un grand intérêt. Et lorsque la chance se présenta, il dut mettre en veilleuse son rêve d’instantané. En avril 1945, tandis qu’il se rendait au lycée, Kubrick remarqua un vendeurs de journaux à la criée particulièrement pathétique... ne serait-ce que du le fait que sa silhouette se détachait sur un mur constellé d’affichettes annonçant le décès du président Franklin Roosevelt. C’était peut-être LE cliché qu'il rêvait de faire depuis si longtemps.

Pas question de risquer de le rater !

En conséquence, il abandonna sa méthode habituelle de photo prise à la sauvette et demanda au vendeur de prendre la pose, de composer le visage le plus triste possible. Mais le vieil homme n’était pas acteur de métier et dut s’y reprendre à plusieurs fois. Convaincu de l’intérêt du document, Kubrick décide de sécher les cours

Il rentre chez lui en quatrième vitesse pour développer les photos et sélectionner la meilleure. Sans complexe, il la présente à Look, seul rival sérieux du magazine Life. La directrice artistique s’avoue séduite et intéressée, d'autant qu'il s'agit d'un cliché instantané, comme le jure le jeune homme à qui elle propose la somme de 25 dollars.

Au risque de se perdre, Stanley déclare qu’il va réfléchir. Sans complexe, il revient plus tard dans la journée pour concrétiser l’affaire, expliquant qu’il est allé voir la concurrence : le New York Daily News n’a proposé que 10 dollars.

Arrogance ou naïveté ?

Toujours est-il qu’il est embauché et, durant quatre ans, livrera régulièrement ses reportages à Look. En jeune responsable, Kubrick épargnait Au bout de deux années de reportages photo, Stanley put s’offrir des cours de pilotage (et, d’ailleurs, il obtint son brevet en août 1947). Mais surtout, au bout de quatre ans, il décida d’investir toutes ses économies dans la réalisation, en 1949, d’un court métrage de douze minutes, un documentaire consacré au monde de la boxe et intitulé « Day of the Fight ». Négocier des contrats n'était pas de tout repos : le film sort sur grand écran le 26 avril 1951 en première partie de "Mon passé défendu" avec Robert Mitchum.

Grâce à la photographie, Kubrick investissait le monde du cinéma.

Kubrick a lancé sa carrière sur un coup de bluff

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