Histoire d'une chanson : Blowin' in the wind de Bob Dylan

Publié le par Daniel LESUEUR

...le texte qui suit est extrait d'un livre que vous pouvez feuilleter en cliquant ICI.

Tout allait mal, en 1961, pour l’artiste folk permanenté : dans ce New York glacial qui était devenu sa ville d’adoption, il jouait dans des petites salles devant un public clairsemé. Fin 1962, ça n’allait guère mieux : son premier album, éponyme, ne s’était vendu qu’à 5 000 exemplaires et son label de disques Columbia entendait bien résilier son contrat.

Bob ne doit la publication d’un deuxième album qu’à la pugnacité de son producteur John Hammond, et à l'intérêt que lui portait Johnny Cash, lui aussi artiste de Columbia (Dylan lui en restera à jamais reconnaissant et les deux hommes enregistreront ensemble sur l'album "Nashville Skykine").

« The Freewheelin’ Bob Dylan »

« Blowin’ in the wind » apparaît, pour la première fois, sur « Freewheelin’ », le deuxième 33 tours de Bob Dylan sorti en 1963... Album qui se vend très mal au moment de sa sortie (la première édition contient d'ailleurs des chansons qui ont été censurées dès leur publication, ce qui fait de ce disque vinyle la pièce rare répertoriée la plus chère: $ 35.000, soit environ 30 000 €).

Le disque de Bob Dylan tombe dans les mains de Peter Paul and Mary aux Etats-Unis, et de Hugues Aufray en France (Hugues, qui fut de tout temps un passionné de folk et de folklore, avait sympathisé avec Dylan lors d'une rencontre à New York, bien avant que ce dernier ne soit célèbre). Le problème est qu'à l'époque, Hugues Aufray n'est pas assez connu en France pour imposer sa volonté, et « Blowin' In The Wind » lui est “piquée” par Marie Laforêt, qui l’interprète, fin 1963, en anglais (accompagnée à la guitare par Jacques Higelin, alors débutant), mais surtout par Richard Anthony, sous le titre « Ecoute dans le vent », formule à l’époque très prisée, à tel point qu’elle donnait son titre à une célèbre émission du soir sur Europe n°1 (Dans le vent fut animée par Michel Cogoni, puis Hubert Wayaffe, dit “Hubert” tout court).

Lorsqu'enfin Hugues enregistrera "Blowin' in the wind", il y ajustera de nouvelles paroles et un nouveau titre, "Dans le souffle du vent". Pour Hugues Aufray, c'est dur à digérer ! Le même coup lui était arrivé, deux ans plus tôt, avec « J'entends siffler le train », qui avait été un succès colossal pour Richard, et un cuisant échec pour lui !

Aux Etats-Unis, c'est la version de Peter Paul and Mary qui marche, pas celle de Dylan

En revanche, il circule des rumeurs sur son compte : Dylan est-il un contestataire sincère (on parle de protest song), ou bien simplement un opportuniste de génie, un peu comme Antoine en France ?

Pourquoi ce doute ?

Tout simplement parce que le jeune Dylan, encore novice, a passé des mois au chevet du célèbre Woody Guthrie mourant et qu'il s'est fait expliquer tous les mécanismes du folk-song. Pire, on prétend que Dylan a simplement acheté la chanson toute faite à un étudiant rencontré, justement, dans l'entourage de Guthrie. Et l'on cite même le prix: $ 1000.

L'histoire est enfin tirée au clair

Le jeune artiste en question, nommé Lorre Wyatt, selon ses dires, aurait enregistré le disque avec son groupe les Milburnaires (car originaires de la ville de Milburn) avant Bob Dylan. C’est lui, Lorre Wyatt, que l’on crut. L’infect personnage attendra 1974 pour faire amende honorable via un courrier au New Times : « Le trucage que j’avais confectionné il y a des années est usé jusqu’à la corde. Il importe d’effacer le post-scriptum insidieux aux paroles de Dylan qui demeure encore dans bien des esprits. Je suis désolé d’avoir mis onze ans à dire que… je suis désolé ».

Bob Dylan a écrit des centaines de chansons

Pourquoi donc celle-ci lui a-t-elle apporté une renommée internationale, alors que les précédentes avaient été accueillies dans la profonde indifférence ? A cela, une explication évidente : avant « Blowin’ In The Wind », Dylan n’avait publié qu’un seul album, et les treize chansons qui y figuraient n’avaient pas le caractère universel que revêt « Blowin’ »... Avec ce premier album, Dylan ne pouvait prétendre au titre de porte-parole de la jeunesse d’après-guerre.

Avec son deuxième 33 tours, son discours devenait planétaire

En 1963, tout le monde craignait la guerre atomique (« A Hard Rain’s A-Gonna Fall » et « Talkin’ World War III Blues »), détestait les fabriquants d’armement (« Masters Of War »), les jeunes du monde entier rêvaient d’amour (« Corrina, Corrina », « Girl Of The North Country ») , de liberté (I Shall Be Free ») et d’amitié (Bob Dylan’s Dream »). Plus encore, chacun se posait des questions... auxquelles personne ne pouvait répondre, si ce n’est à travers un hypothétique… murmure du vent ! Il est caractéristique que la chanson « Blowin’ In The Wind » est strictement composée de questions (on ne peut, en effet, considérer comme une affirmation la seule phrase qui ne se termine pas par un point d’interrogation : “La réponse est soufflée par le vent”). Dylan est heureusement parvenu à faire rapidement la preuve de son talent…

Histoire d'une chanson : Blowin' in the wind de Bob Dylan

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Jerry OX 26/01/2017 12:14

Merci pour ce billet autour de l'histoire du grand tube que « Blowin’ In The Wind » de Bob Dylan . Un vrai grand auteur compositeur interprète que je trouve toujours aussi fascinant avec les années. j'ignorais que cette chanson avait mis du temps à s'imposer . En tout cas, elle était dans l'air du temps, dans le vent !

Daniel LESUEUR 26/01/2017 13:14

J'avais 10 ans en 1962... et on ne l'entendait pas à la radio, DYLAN. Ensuite il y a eu la VF de Richard ANTHONY... pas terrible ! C'est Hugues AUFRAY qui nous a fait découvrir DYLAN ; à l'école on se prêtait l'album AUFRAY CHANTE DYLAN. Après (beaucoup plus tard : 1970 / 1971) je suis tombé sur un disque pirate et là j'ai craqué encore plus !