"Docteur Folamour", fiction vraisemblable

Publié le par Daniel LESUEUR

Stanley Kubrick, en 1963, n'a fait que mettre en images ce à quoi le monde avait échappé un an plus tôt

En 1962, avec l'affaire de Cuba et de la Baie des Cochons, le monde avait frôlé l'apocalypse : "Le Che voulait atomiser New York".

Certaines révélations suffocantes ne nous parviennent qu'aujourd'hui, mais on en savait déjà beaucoup à l'époque des faits. Kubrick n'avait plus qu'à scénariser, et pas beaucoup, l'atroce affaire qui avait commencé en 1961, comme le fit également, peu de temps après Kubrick (1964) "Point limite" de Sidney Lumet 1961 : Castro, Cuba, la Guerre froide entre USA et URSS Les révolutionnaires castristes tissent aussi des liens avec l'URSS alors en pleine guerre froide avec les États-Unis, ce qui pousse ces derniers au blocus de l'île en 1960 ; tous les échanges commerciaux Cuba/États-Unis prennent fin, notamment les exportations importantes de sucre de canne que Cuba envoyait à l'acheteur nord-américain.

En janvier 1961, le gouvernement américain de Dwight Eisenhower rompt ses relations diplomatiques avec Cuba. Le 15 avril 1961, des avions américains bombardent les aéroports et aérodromes du pays, détruisant une grande partie des avions au sol (civils et militaires). L'objectif initial de la CIA est de débarquer une force de 1 400 opposants cubains, qu'elle a recrutés et formés, afin qu'ils s'emparent d'une colline près de la Baie des Cochons.

La baie des Cochons

Sans rapport aucun avec la plage pour nudistes et libertins située en France, au Cap d'Agde, la Baie des Cochons faillit bien être à l'origine d'un conflit mondial, sans doute définitif pour l'humanité : "Cette fois, nous étions vraiment à deux doigts d'une guerre nucléaire", confie Antonin Novotnyl.

"Nous avons reçu une lettre de Castro dans laquelle il nous disait que les Américains allaient attaquer dans les 24 heures. Il nous proposait de déclencher une guerre atomique en premier. Nous étions totalement stupéfaits" expliqua Antonin Novotny, le 30 octobre 1962, deux jours après que Nikita Khrouchtchev a décidé de retirer ses missiles nucléaires de Cuba.

Et si Khrouchtchev s'était obstiné ?

Il se serait produit ce que raconte Kubrick dans "Docteur Folamour" : sous-titré "Comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe", ce film dont le titre anglais est "Dr Strangelove" conte l'histoire du général Jack Ripper, convaincu que les Russes ont décidé d'empoisonner l'eau potable des États-Unis, et qui lance sur l'URSS une offensive de bombardiers...Le président des USA commande une réunion d'urgence dans la salle souterraine de commandement stratégique pour tenter d'éviter une guerre nucléaire.

Dans la fiction...

Un débat s’engage alors entre les tenants des différentes options politiques et militaires qui s’offrent au Président. La seule possibilité pour éviter un conflit majeur est de fournir aux Soviétiques les positions des avions, afin qu’ils les détruisent. Certains sont abattus et les autres sont rappelés, sauf un, dont le système de communications est hors d'usage.

Dans la réalité...

Le "Cold War International History Project Bulletin" d'octobre 2012 révèle ceci, traduit par le site du Nouvel Obs :

Après avoir cédé à Kennedy, Khrouchtchev n'a qu'une obsession : éviter que les missiles ne tombent entre les mains des Cubains. "Fidel" demande à conserver, ni vu ni connu, les armes nucléaires que les Américains n'ont pas découvertes. Sur ordre, l'émissaire de Moscou, Anastase Mikoyan, lui répond que c'est impossible. "Nous avons une loi qui interdit un tel transfert à qui que ce soit", répond-il.

C'est un mensonge!

Le Kremlin n'a pas confiance. Il a raison. Quelques jours plus tôt, Che Guevara a déclaré en secret à l'ambassadeur de Yougoslavie à La Havane (*) : "Si nous, les Cubains, avions le contrôle de [ces] armes nucléaires, nous les installerions sur chaque centimètre de Cuba et n'hésiterions pas, si nécessaire, à les tirer dans le coeur de l'adversaire : New York."

"Docteur Folamour", fiction vraisemblable

Publié dans CINEMA

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