Beach Boys et Mike Love : no more Good Vibrations

Publié le par Daniel LESUEUR

Déçu de ne pas toucher de droits d'auteur sur certaines chansons qu'il jure avoir composées, en 1980 le chanteur se laissait aller à dévoiler certains secrets...

Les Beach Boys, à une certaine époque, ont-ils souffert de problèmes d’égo?

- Mike Love : C'est exact, et il nous a fallu apprendre comment chacun réa­gissait pour arriver à surmonter ce genre de questions. Nous ne sommes pas parfaits, et nous devons surmon­ter les faiblesses individuelles. Les Beach Boys sont un puzzle, mais il se tient ! Nous sommes différents les uns des autres, et n'avons donc pas les mêmes réactions face à des problèmes donnés. Il en va de même en studio, où les intérêts sont différents: la composition, les textes, les arrangements, la production, les harmonies voca­les, etc... Moi je n’aime pas enregistrer, ça m’ennuie. La technique est loin de me passionner. Je détesterais produire un album. Je ne comprends pas comment on peut passer des mois en studio. J’ai rapidement envie de sortir, aller au cinéma ou me promener. Ce qui me branche, c’est le sens des paroles et la capacité de la mélodie à devenir un tube. Tout le reste n’est souvent qu’un exercice égocentrique. Si je réalisais un album, je préférerais l’écrire et déléguer la production à autrui. Mike Love, un auteur influent -

DL : Votre implication en tant que parolier se fait surtout sentir sur « Wild Honey », album sur lequel vous signez neuf des onze textes, contre un seul sur « Pet Sounds ».

- ML : Logique, j’étais en tournée avec le groupe lorsque Brian réalisa « Pet Sounds ». Je me suis fait piquer ma place de parolier par Tony Asher.

- DL : Le succès et les royalties relatives aux paroles de « Good Vibrations » vous avaient-ils incité à écrire davantage ?

- ML : Ca m’a surtout incité à plus de rigueur et plus de prudence ; je dois m’obliger à moins faire confiance à autrui. J’écris des chansons depuis l’âge de dix ans, et, pour les Beach Boys, j’ai écrit de nombreux morceaux de textes, portant sur une vingtaine ou une trentaine de chansons, pour lesquels je ne suis pas crédité, et qui auraient dû me rapporter des millions.

Un exemple type : « California Girls »

ML : L’idée m’en est venue de retour de tournée. Après avoir sillonné le monde, je rentrais au bercail, heureux de constater que les filles, en Californie, étaient toujours aussi jolies: c’est du Mike Love, indiscutablement. Pourtant je ne suis pas crédité. Et cette situation remonte pratiquement à nos débuts. Prenons « 409 », « Catch A Wave », « Little Saint Nick », « Help Me Rhonda », « Be True To Your School » que j’ai co-écrits, et qui pourtant ne me sont pas co-crédités : Brian se les est appropriées à cent pour cent. Pareil pour « All Summer Long ».

Un jour j’intenterai une action en justice pour être rétabli dans mes droits d’auteur !

J’ai mis la main à la plupart des titres qui sont devenus des tubes. C’est moi notamment qui ai pondu la première ligne de « I Get Around » /

Round, round, get around, I get around, une accroche géniale.

Al Jardine pourra en témoigner. En revanche, à l’égard de ses frères, Brian se montrait nettement moins pingre : j’ai demandé à Carl s’il avait vraiment écrit le texte de « Dance Dance Dance ». Et non ! Il a seulement trouvé la ligne de guitare. Pourtant il est crédité pour 50% du titre. ML : Mon erreur fut de ne pas entrevoir la valeur de mes écrits J’écris rapidement, sans difficulté aucune. Du coup je ne réalise pas que mes lignes valent de l’or car elles sont faciles à faire jaillir.

Un exemple typique : « Wild Honey ».

C’était l’époque où l’on commençait à se préoccuper de ce qu’il y avait dans nos assiettes. On cherchait à consommer des produits sains et naturels, non trafiqués. Et, un jour de répétition à la maison, tandis que Brian et les autres travaillaient une musique, je suis allé préparer le thé, je suis tombé en arrêt sur un pot de miel dit « sauvage ». J’ai écrit les paroles dans la foulée. Ca va vite, une fois que l’inspiration est sur les rails. Des fois, des évènements précis coïncident avec l’écriture d’une chanson. Je me souviens que nous avons créé « The Warmth Of The Sun » vers une heure ou deux du matin le jour de l’assassinat de John Kennedy.

Daniel LESUEUR au printemps 1980 avec Mike LOVE

Daniel LESUEUR au printemps 1980 avec Mike LOVE

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