1970, le grand public découvre enfin Kurosawa

Publié le par Daniel LESUEUR

Malgré son échec commercial constaté en salles, la sortie sur grand écran de Dodes'kaden donna à tous l'envie de se pencher sur l'œuvre passée du génie nippon.

Près de trente ans après son premier tour de manivelle, le grand public découvre enfin ce fabuleux réalisateur japonais qu'est Kurosawa

Jusqu'alors, seuls les cinéphiles avertis connaissaient son œuvre, grâce notamment au numéro de septembre 1966 des Cahiers du cinéma. Cinéaste un peu par hasard... Né en 1910, Akira Kurosawa, très jeune, est traumatisé par la mort de sa sœur et le suicide de l'un de ses frères, l'acte suprême d'un jeune en révolte contre l'autorité paternelle. C'est toutefois un tout autre incident qui, paraît-il, explique qu'il y ait tant de sang dans ses films : en traversant la rue, son chien avait été coupé en deux par le passage d'un tramway. Kurosawa étudie les beaux-arts, persuadé de devenir peintre.

Mais en 1936, pour gagner sa vie, il se fait embaucher comme assistant réalisateur du cinéaste Kajiro Yamamoto.

Ses études préliminaires, néanmoins, ne resteront pas lettre morte, puisque Kurosawa dessinera la plupart des plans de ses films. Ses premiers films sont tournés pendant la guerre (1943) La censure ne lui fait pas de cadeau : dans Chevaux, il doit couper une scène dans laquelle une jeune fille s'enivre au saké...

Le scénario de Un Allemand au temple de Daruma est rejeté...

Les scripts de Mille et une nuits dans la forêt et de La Fleur de San Baguita sont détruits car considérés comme pro-Américains. En 1945, enfin, Les Hommes qui marchent sur la queue du tigre est considéré comme la distorsion d'une grande pièce classique du répertoire Kabuki. Une filmographie trop riche pour être reproduite dans son intégralité Signalons les moments phare : L'Ange ivre (1948), Rashomon (1950, Lion d'or de la Mostra de Venise en 1951 et Oscar du meilleur film étranger aux Etats-Unis), L'Idiot (1951, l'œuvre de Dostoïevski), Les Sept Samouraï (1954, Lion d'argent à Venise), Le Château de l'araignée (1957, d'après Macbeth de Shakespeare), Les Bas-Fonds (1957, d'après l'œuvre de Gorki), etc. Un cinéaste pillé... Les diverses adaptations "à l'occidentale" de certains de ses films n'ont rien apporté à sa notoriété.

Hommage, pillage ou... Outrage ? Outrage...

Tel est le nom du remake occidental de Rashomon. Quant aux Sept Samouraï, ils sont devenus Les Sept Mercenaires. Et Yojimbo devint Pour une poignée de dollars. Un tournant dans sa carrière Barberousse, l'histoire d'un médecin pour les pauvres, est le dernier tourné en Asie avant qu'il ne la quitte (1965). Même si dans son propre pays, on le surnomme "l'Empereur du cinéma japonais", c'est avec une pointe d'ironie. Dépité, il se tourne vers l'Amérique qui semble l'attendre. Mais le vent tourne... C'est d'abord une série de projets avortés à Hollywood (dont Tora, Tora, Tora qu'achèvera Richard Fleischer), puis l'échec commercial de son premier film en couleurs, Dodes'kaden, la vie d'un bidonville dans les faubourgs de Tokyo. Kurosawa, en 1971, fait une tentative de suicide Les Soviétiques lui proposent de tourner Dersu Uzala (1975) qui marque un retour vers le succès. Puis l'Amérique, en les personnes de Lucas et Coppola, lui permet de réaliser Kagemusha (1980, Palme d'or à Cannes).

Cinq ans plus tard, les écrans du monde entier accueillent avec bienveillance Ran, son adaptation du Roi Lear de Shakespeare. Il tournera encore trois films avant sa mort survenue en 1998 : Rêves (1989), Rhapsodie en août (1991) et Madadayo (1993). Il avait également écrit le scénario, les dialogues et la mise en scène de Après la pluie (1998), film posthume.

1970, le grand public découvre enfin Kurosawa

Publié dans CINEMA

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article