Nina Hagen à Paris le 17 mars au Bus Palladium

Publié le par Daniel LESUEUR

Aujourd'hui encore, l'artiste allemande se produit aux quatre coins du monde. A l'occasion de son 6ème anniversaire depuis sa réouverture, le Bus Palladium a l'honneur d'inviter «The Mother of Punk» sur scène pour un live qui s'annonce mémorable !

Sa notoriété repose beaucoup sur un tube en 1980. Elle doit sûrement en avoir assez qu'on réclame sans cesse qu'elle interprète "African reggae", ce tube déjanté qui fit d'elle une star internationale au début des années quatre-vingt. Mais lorsqu'elle essaya de se renouveler, ses efforts furent vains. Sa renommée repose à jamais sur une seule chanson...

Si son disque n'était pas sorti à grand renfort de publicité sur un label hyper puissant (CBS) le nom de Nina Hagen serait sans doute aujourd'hui toujours ignoré. Son parcours, néanmoins, est digne d'intérêt.

Elle voyage...

Elle est née en 1955. Son prénom, Katherina, est raccourci en Nina. Son nom est connu bien avant sa naissance : les parents Hagen sont des Berlinois de l'Est fort réputés. Le père est écrivain ; la mère, remariée avec le poète dissident Wolf Biermann, est comédienne et chanteuse réaliste.

Nina quitte l'école en 1972 pour se consacrer à la chanson, et particulièrement au rock, qu'elle interprète ici ou là au gré de ses voyages. En Pologne, elle interprète du Janis Joplin, à Londres elle découvre le punk et travaille quelques temps avec John Lydon, alias Johnny Rotten.

De retour à Berlin-Est, elle monte les groupes Automobil et Fritzen Dampferband avec tant de discrétion (!) qu'elle se fait expulser en 1976 pour attitudes antisociales. Un fier service, finalement, que lui rend le bloc communiste : de l'autre côté du Rideau de fer, on lui propose immédiatement un contrat d'enregistrement. A Berlin-Ouest, elle monte encore une nouvelle formation, Ex-Lok Kreuzberg. Son premier album, riche en histoires de vampires, constitue déjà une excellente approche de la folie hagenienne.

Le succès survient avec le deuxième album, « Unbehagen » (en français, « Mal à l'aise »).

Celui-ci contient le tube "African reggae" qui prend le monde par surprise simplement parce que ses vocaux gutturaux sont interprétés en allemand, langue jusqu'alors réfractaire au rock . Nina, en 1980, devient le symbole de la provocation à l'Européenne, voire de la révolte outrancière, donnant, à la télévision autrichienne, un cours de masturbation en direct. N'a-t-elle, dès lors, plus rien à dire ni à prouver ?

L'inspiration s'essouffle, l'expiration l'époumone

Au cinéma, son film "Cha-Cha" est un naufrage. Sa tournée mondiale en 1981 constitue un échec. Sauf à Paris : les billets se vendent au marché noir, et l'on se bat pour entrer à l'Olympia. Bref, il est temps pour elle de se faire oublier. Ce à quoi elle parvient sans grande difficulté. Elle se retire aux States, fait un bébé, se tourne vers la religion orientale et, à l'instar des bonzesses, se rase le crâne. Mais c'est en nonne qu'elle pose en 1982 sur la pochette de son troisième album, le décevant "Nunsexmonkrock".

Imperturbable, elle sort en moyenne un album par an...

L'étoile filante qui n'est jamais retournée au hit-parade opère de temps à autre une vague tentative de come back appuyée par une tournée mondiale. En 1990 la voici installée à Paris où elle donne naissance à son second enfant. Naissance immédiatement suivie par une tournée européenne (1991).

Paradoxalement rétro...

Contre toute attente, la chanteuse réputée pour son attitude avant-garde publie en 1992 une version allemande de "Hair", comédie musicale américaine de 1969... En 1999 elle participe à une remise au goût du jour de l'"Opéra de Quat' Sous" de Brecht et Weill... et en 2006 un album entièrement consacré à des chansons des années trente ("Nina Hagen and the Capital Dance Orchestra"). Entre-temps elle avait été présentatrice sur une télé londonienne. Le petit écran semble la ravir d'aise puisqu'elle y retourne en 2006 dans le cadre de l'émission allemande Popstars.

Et elle continue... continue... continue d'aller au devant de ses admirateurs clairsemés (elle était à Paris en septembre 2009) puis publie l'album "Personal Jesus".

Un disque gore?

En tout cas, Nina semble être tombée dans la marmite de la religion, si l’on en croit son site où Dieu est omniprésent. « Avec Nina Hagen, choisissez votre Jésus personnel, c’est ma tournée » découvre-t-on en page d’accueil. Quant aux chansons ? Philippe Barbot, qui avait eu le privilège ( !) d’en écouter des extraits, les commenta sur son blog… la plume de l’ex-journaliste de Télérama était toujours acérée :

- « C'est le dernier avatar de miss Hagen : une conversion au christianisme et, dans la foulée, un nouvel album baptisé (c'est le mot) « Personal Jesus ». Treize titres oscillant entre gospel, blues et country, dans lesquels la Castafiore teutonne laisse libre cours à ses célèbres divagations vocales, dans une tonalité de plus en plus grave (l'âge ? les clopes ? la bière ? le foie ? la foi ?) ».

« Personal Jesus » est la reprise d’un titre de Martin Gore publié sur l’album « Violator » de Depeche Mode. Ce titre lui avait été évoqué par des propos de Priscilla Presley concernant son King de mari. Nina promit que si son disque se vendait bien, elle avait l’intention « d’acheter » un village pour y accueillir tous les Roms expulsés par le gouvernement de Sarkozy. Peut-être qu’à la suite de ça Nina nous concoctera un album de chants tziganes.

UN ARTICLE DE DANIEL LESUEUR (Magazine de la Discothèque N°15 de novembre 1980)
UN ARTICLE DE DANIEL LESUEUR (Magazine de la Discothèque N°15 de novembre 1980)

UN ARTICLE DE DANIEL LESUEUR (Magazine de la Discothèque N°15 de novembre 1980)

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Phil06 25/03/2014 10:28

Tu n'es pas très gentil avec la Diva punk qui fait ma foi un beau parcours , bien chaotique...en véritable artiste ! Pas varient érable Nina...mais une artiste au grand coeur !Je me souviens de la superbe couverture d'Actuel dans les années 80, qui fit beaucoup pour sa notoriété ici..J'ai été la voir à cannes il y a qq années, elle tenait pas al la scène dans un show très gospel et
n'a pas daigné joué un seul morceau ancien...

Haghen 12/03/2014 07:22

Merci pour ce flash back dans ma période punk, pour moi Nina reste une icone