Le vinyl fait revivre les péchés de jeunesse

Publié le par Daniel LESUEUR

Ca semble paradoxal mais c'est une réalité sur le marché collector : un vinyl qui a connu l'échec vaut dix à cent fois plus qu'un succès entré au hit-parade.

Un bide, un flop, une ringardise... Les termes peu élogieux ne manquent pas pour désigner les chansons ratées que n'ont pas manqué d'enregistrer à leurs débuts (voire plus tard !) les grands noms du show business. On raconte qu'il y a fort longtemps Bernard Tapie écumait les marchés aux puces pour racheter et détruire les 45 tours qu'il avait publiés sous le nom de Bernard "Tapy" (RCA 86 153, RCA 86 158 et RCA 86 184). Vanessa Paradis quant à elle dût faire retirer de la vente le 45 tours "La Magie des surprises-parties" enregistré alors qu'elle n'avait que douze ans.

Une surcote justifiée ?

Du temps du vinyl, les disquaires avaient tout loisir de rendre aux représentants les stocks d'invendus ; en contrepartie leurs bacs se voyaient alimentés par les nouveautés que leurs proposaient ces mêmes représentants. Tout le monde y trouvait son compte et les "nanars" étaient ensuite pilonnés. Ce qui justifie, aujourd'hui, leur cote élevée. Mais pour un collectionneur pur et dur, payer 100 € pour entendre Bernard Tapy chanter en 1966 "Je ne crois plus les filles"... ou 300 € pour entendre Vanessa Paradis entonner un twist plusieurs années avant "Joe le taxi", ça n'a pas de prix.

Succès assuré en fin de soirée bien arrosée entre amis !

N'allez pas croire qu'un disque rare, recherché et surcoté correspond toujours à un péché de jeunesse. Des artistes confirmés en ont fait les frais, eux aussi, du disque raté qui leur collera à la peau tout au long de la carrière. Johnny Hallyday, encore débutant, accepta d'enregistrer "Itsy bitsy petit bikini" (super 45 tours Vogue EPL 7800 sorti en 1960)... et le regretta toute sa vie. N'empêche que près de vingt ans plus tard il enregistra un double 33 tours, "HAMLET", dont ses fans, même inconditionnels, continuent de parler du bout des lèvres.

Un disque rare est-il TOUJOURS un nanar ?

Non, et heureusement : ce serait un comble de se ruiner uniquement pour des disques qu'on n'ose à peine écouter ! Les exemples d'échecs injustifiés sont nombreux. En 1959, Claude Nougaro, toujours bouleversé par la destruction de villes japonaises par la bombe atomique, enregistre le superbe "Y avait une ville". L'édition originale vous coûtera plus de 150 € car à l'époque Claude est inconnu. Mais cinq ans plus tard son talent est reconnu et il réenregistre sa chanson. Cette fois c'est un succès... et cette nouvelle version est facilement disponible pour moins de 10 €.

Même Gainsbourg a connu l'infamie du disque pilonné !

Se croyait-il à l'abri de l'échec après avoir signé "Poupée de cire, poupée de son" pour France Gall, chanson qui remporta le Grand Concours de l'Eurovision en 1965 ? Toujours est-il qu'il se fourvoya en 1969 dans une œuvre déconcertante, sur disque et sur pellicule : "Mister Freedom". Le réalisateur William Klein lui concède un petit rôle, celui de Mister Drugstore, et le charge d'écrire et composer les chansons du film. Résultat, un film que personne n'a vu, un disque que personne n'a acheté... et qui vaut aujourd'hui 300 € (super 45 tours Barclay 71 322). Or ce n'était pas la première fois qu'un disque de Gainsbourg connaissait, non pas l'enfer car aujourd'hui tout le monde court après, mais le purgatoire.

Ne pas offenser les bonnes mœurs...

Avec "Je t'aime... moi non plus", duo sulfureux de 1969, Jane Birkin et Gainsbourg risquaient la prison : mai 68 était passé par là, dans les mœurs mais pas encore dans les lois. Quelques années auparavant, la législation était plus stricte encore : en 1962, le n°2 du mensuel Salut les Copains avait bien failli ne pas sortir des presses de l'imprimeur : en couverture, Elvis Presley tenait un poignard à la main. Inacceptable pour une revue destinée à la jeunesse. Sur la pochette de son 45 tours de 1963 "Vilaine fille, mauvais garçon" (Philips 432 862), Gainsbourg menace les disquaires de deux revolvers. Résultat, un disque qui n'a pas été exposé en vitrine et qui se négocie aujourd'hui aux alentours de 1 000 €.

Les artistes français sont-ils les seuls à avoir connu la honte du disque pilonné ?

Et non ! les Anglo-saxons eux aussi sont passés par là. Et pas des artistes de seconde zone, au contraire : le disque rare le plus cher émane des Beatles. En 1964, après leur succès à Paris au terme de trois semaines de concerts à l'Olympia, leur maison de disque Odéon trouva judicieux de rééditer leur 45 tours "From Me To You" sous une nouvelle pochette propre à séduire le public français. Et les voici sous l'œil du photographe Dezo Hoffmann, Ringo déguisé en Napoléon, George en facteur, Paul avec un béret basque et John avec une casquette. Tous les quatre mâchouillent un jambon-beurre (la pochette fut baptisée "les sandwiches" par votre serviteur lors de sa découverte tardive en 1970. Le nom est depuis resté). Mais Odéon n'avait pas pensé que depuis sa sortie durant l'été 1963 jusqu'à sa réédition en octobre 1964, tous les fans des Beatles avaient acheté ce super 45 tours référencé SOE 3739. L'argent de poche, à l'époque, ne coulant pas à flot et le marché collector n'existant pas encore, aucun ne pensa à racheter, juste pour la pochette, un disque qu'ils possédaient déjà. Voilà pourquoi aujourd'hui la "pochette sandwiches" de 1964 vaut 5 000 € alors que celle de 1963 n'en vaut que 25 !

Le vinyl fait revivre les péchés de jeunesse

Publié dans musique

Commenter cet article