Le 3me procès de la Pucelle d'Orléans

Publié le par Daniel Hubinon

Le 3me procès de la Pucelle d'Orléans

De 1431 à 1456, de la condamnation au procès en nullité, examen des documents d'époque.

Rappel chronologique

Le 24 mai 1431 Jeanne est condamnée pour hérésie à la prison à vie.

Le 29 mai c'est la condamnation au bucher pour relapse.

1456 suite à la requête de sa famille adressée au pape, c'est le procès en "réhabilitation".

Introduction

Dans sa communication "Le troisième procès de Jeanne d'Arc", Pierre Duparc note des anomalies dans les textes sur le plan de la forme, en effet "la réhabilitation", qualifiant la sentence de 1456 n'est utilisé pour la première fois que par Quicherat dans sa publication de 1841.

En langage contemporain un réhabilité est une personne, justement condamnée, et dont la condamnation est effacée.

De nos jours le cassier judiciaire peut ne plus mentionner, après décision des instances, une infraction grave au code de la route (homicide involontaire en état d'ivresse).

Il s'agit dans ce cas de l'application de la "restitution en bonne forme et renommée", le justiciable ne sera du fait plus pénalisé et exclu de l'accès à une fonction publique, par exemple.

Selon cette forme le procès de 1456 confirmerait le bien fondé de la sentence de 1431.

La réhabilitation" de la Pucelle fait suite à une procédure canonique, devant un tribunal ecclésiastique, destiné à remplacer une procédure antérieure du même type, il est alors bien question d'un procès en nullité.

Abordons pour suivre les éléments des textes officiels sur les points qui démontrent un simulacre de procès et des mises en scène à la limite du grotesque.

On lira en fin d'article les causes de nullité conformes, aux règles du "corpus juris canonici", relevées dans la communication de Mr P. Duparc.

L'acte d'accusation de 1431

Déclaration de Pierre Cauchon, en charge de l'organisation du procès et principal accusateur :

"Il a plu à la divine providence qu'une femme nommée Jeanne, vulgairement la Pucelle, ait été prise et appréhendée dans les limites de nos diocèses et juridiction.

C'est un bruit public que la femme, au mépris de la pudeur et respect de son sexe, portait avec une impudence coupable des habits difformes convenant au sexe masculin.

On dit aussi, que sa témérité l'a conduite à faire, dire et semer des choses contraires à la foi catholique … elle s'est rendue coupable en plusieurs lieux du royaume … c'est pourquoi nous sommes requis pour la juger."

Le 5 avril les douze articles, destinés à servir de base à la condamnation, sont communiqués aux consulteurs, mais pas à l'accusée.

Le greffier Manchon produira en 1456, une pièce contenant des corrections spécifiant que des "commandements", qu'on avait jugé convenables d'introduire dans les articles, en furent omis sans justification des juges.

N.B. Les textes montre les aspects, pour le moins farfelus de certains interrogatoires de l'accusée.

La renonciation au cimetière de Saint-Ouen

Le 24 mai Jeanne signé d'une croix son abjuration, alors qu'elle le fait habituellement en écrivant "Jehanne", étant de ce fait condamnée à la prison à vie.

Note du R.P. H. Leclercq :

"L'imposture est evidente, l'abjuration au sens entendu n'a jamais été faite, Jeanne a témoigné de sa soumission, de sa déférence et n'a jamais désavoué son passé.

La formule "signée" ne contredit en rien ses affirmations au procès … en outre elle répond qu'elle reprendra l'habit de femme et accepte qu'on lui rase les cheveux qu'elle portait taillés en rond.

Déposition de Jean Massieu (huissier) :

"Le mardi suivant la trinité Jeanne me raconta … "Le jour de la trinité un soldat me tira mes habits, il jeta des habits d'homme sur mon lit, malgré mes supplications il refusèrent de me rendre les habits de femme".

Mardi 29 mai 1431

Délibérations dans la chapelle de l'archevêché de Rouen :

N. de Venderès :

"Jeanne doit être et est considérée comme hérétique, elle doit être abandonnée au bras séculier …".

Gilles, abbé de Fecamps :

"Elle est relapse, retombée dans l'hérésie après son abjuration, elle à remis des habits d'homme …".

D. Gastinel :

"Hérétique et relapse elle doit être abandonnée au bras séculier, sans recommandation de la traiter doucement … ".

P. Correl, Delchambre et l'abbé de Fecamp :

"Elle doit être avertie, pour le salut de son âme, qu'elle n'a plus rien à espérer de sa vie temporelle".

Mercredi 30 mai, place du vieux marché vers 9h, la Pucelle entre dans l'histoire par la porte de la légende.

Les causes de nullité

Ces éléments sont de plusieurs ordres :

L'incompétence de Pierre Cauchon, qui n'est pas juge du lieu de naissance de Jeanne, ni du lieu de ses prétendus crimes.

En outre il fur récusé par Jeanne, qui avait, en vain, fait appel au pape.

La partialité et la haine des juges et assesseurs est manifeste, par leurs références à des faux en témoignages et dépositions et de nombreuses irrégularités seront citées dans les articles des demandeurs en 1456.

Il est un fait que les responsables sont l'évêque de Beauvais et le vice-inquisiteur Jean Lemaître, en cause dans les vices de forme et l'iniquité sur le fond.

Ils sont tout deux morts avant 1456, néanmoins on fit citer à comparaître plusieurs des personnes, toujours en vie, ayant été présents à une ou plusieurs séances de 1431.

En 1431 les doctes facultés de théologie et de décret, s'étaient prononcés sur des faux concernant les douze articles prétendus comme reflétant les déclarations de l'accusée.

En foi de quoi la sentence de 1456 sera la nullité d'un jugement inique et consacrera son inexistence.

Sources et références :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1978_num_122_1_13431

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/jeanne/index.htm

Bergman

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