La création de trous bleus dans les océans remonte à 17 000 ans

Publié le par Josiane Baud

Les trous bleus, insondables sans équipement spécifique performant, ont longtemps été un mystère pour l'humanité, jusque dans les années 1970.

Pour comprendre leur formation, remontons le temps

Il y a 17 000 ans, le niveau des océans étaient au plus bas. C’était une époque glaciaire et certains détroits purent être franchis à pieds, comme le détroit de Béring, ce qui permit à des populations asiatiques de s’établir au-delà de leurs frontières habituelles.

Sous le poids des glaciers, la terre s’affaissa à certains endroits et à d’autres, par ces mouvements de compression de masses, des îles sont nées, constituées pour la plupart de récifs recouverts de coraux. Ceux-ci n’ont pas pu survivre à cette exposition à l’air et il ne resta que leur squelette fragilisé. Les vagues, inlassablement, ont sculpté cette nouvelle côte, usant le tendre calcaire, créant arches et grottes.

Nous en savons maintenant un peu plus sur les trous bleus

C’est en Amérique centrale que l’un des plus grands trous bleus, celui du récif du Phare, au large du Bélize -300 m de diamètre et plus de 100 de profondeur estimée- fut exploré, pour la première fois, par le commandant Cousteau et son équipe, partis à bord de la Calypso.

A bord de soucoupes monoplaces et de scooters sous-marins, ils sont descendus sonder ces abîmes, longeant les parois recouvertes d’éponges et de gorgones dans la partie où la lumière du soleil pouvait pénétrer. Durant sa plongée, Jacques-Yves Cousteau fait des rencontres: « Je croise un barracuda, un petit requin et une raie manta », notant au passage que les animaux doivent avoir des difficultés à pénétrer dans le trou dont l’ouverture affleure le niveau de la mer.

Plus bas, il n'y a que les ténèbres glacées et les hommes du commandant Cousteau ont dû se diriger avec leur lampe sous-marine. Ce qu’ils ont découvert est un fabuleux spectacle : dans des grottes, des colonnes de calcaire descendent du plafond voûté, comme dans une cathédrale. Certaines ont rejoint le sol et s’y sont fixées; d’autres, parfois de plus de dix mètres de long pour un diamètre supérieur à un mètre, sont suspendues. Elles ne grandiront plus…

En France, nous avons la possibilité de visiter des grottes dans des sites ouverts au tourisme, comme celles de la Balme, entre autres. On peut donc facilement imaginer le décor et, on pourrait se demander ce qu’ont de plus ces colonnes de calcaire sous-marines.

Leur particularité est qu'elles ne peuvent exister que parce qu’elles n’étaient pas immergées au moment de leur création. Le calcaire n’aurait pas pu se déposer, sécher, se solidifier… Dans l’eau, il se serait perdu, emporté par les courants. Elles sont donc la preuve irréfutable que les grottes n’étaient pas englouties à l’époque de leur formation.

Pour l’équipe Cousteau, c’est une immense découverte, mais ce n’est pas la seule…

Au moment de la fonte des glaciers, l’eau est donc remontée, gardant secrets pendant des millénaires, ces chefs d’œuvre de la nature.

Mais les surprises ne s’arrêtent pas là. La loi de la pesanteur veut que les stalactites soient parfaitement verticales, se formant au gré des gouttes d’eau glissant et transportant le calcaire qui se dépose lentement. Or, dans un autre trou bleu exploré, outre de gros blocs jonchant le sol de la grotte, signes que le plafond s’était effondré, les hommes de la Calypso firent une seconde découverte…

Ebahis, ils constatent que nombre des colonnes de calcaire sont inclinées de 10 à 15° ! La déduction qui s’impose est que ces stalactites sont plus anciennes que celles qui sont droites et que l’inclinaison du sol de l’île du Phare s’est accentuée à une certaine époque, interrompant le processus. Le mouvement stabilisé, la formation de nouvelles colonnes a pu recommencer.

La planète Terre fait son chemin : submersion, basculement... Oui, mais quand ?

Lors de leur plongée, les hommes de Cousteau ont remonté, à grands renforts de grues, une stalactite, d’environ six mètres pour un poids approximatif d’une tonne. Elle avait dû se briser lors des mouvements de l’écorce terrestre et gisait, à demi enfouie dans les sédiments. Coupée en tronçons ensuite expertisés, elle dévoile des traces de boue et de petits fossiles marins. Leur positionnement, environ 15° par rapport à l’axe de la colonne, laisse penser que celle-ci était déjà inclinée lorsque la mer a pénétré dans la grotte, déposant la boue.

Jacques-Yves Cousteau confie dans ses écrits que : « Ce sont les travaux du laboratoire océanographique de Miami, sous la direction du Dr Ginsburg, qui confirment que les stalactites du trou bleu du Bélize se sont formées pendant la grande régression glacio-eustatique du Quaternaire qui culmina voici quelque 17 000 ans. ».

Il a dû se passer entre 2 000 et 3 000 ans entre le basculement qui arrêta la croissance des colonnes trouvées inclinées, et la reprise de formation des stalactites actuellement bien droites. Ces dernières sont estimées âgées de 12 000 ans environ.

De bien belles vieilles Dames!

Sources :

Planète Océan (Jacques-Yves Cousteau) Alpha Editions S.A.

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Trous Bleus - Images

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