Jeanne d’Arc, une héroine ordinaire.

Publié le par Daniel Hubinon

Jeanne d’Arc, une héroine ordinaire.

Que savons nous de Jeanne ? Il n’y a d’elle aucune représentation d’époque. Découvrons son physique, caractère, éducation et comportement.

De Domrémy à Rouen.

Les minutes des procès, les chroniques, nous donnent des informations précises au départ des témoignages de sa famille, amis, compagnons d'armes.

Née vers le 6 janvier 1412, fille d'un laboureur, notable de Domrémy. Elle ne va pas l'école, étant comme toutes les filles en milieu rural éduquée par sa mère. En 1424 les "voix" se manifestent, s'agit-il de contacts au sens où elle l'explique ou simplement de prémonitions ? La question reste ouverte, ce qu'elle affirmera plus tard être une mission divine lui confiée par l'intermédiaire des saints, elle la présente à ses interlocuteurs d'une manière suffisamment crédible pour les convaincre.

Sa piété l'a peut-être incitée à voir une intervention divine pour justifier et expliquer une mission née dans ses visions divinatoires.

A cette époque les devins et autres prédicateurs ont bonne audience dans l'entourage de la noblesse.

Jeanne est pieuse, pas plus que les autres filles de son âge, elle se rend à la messe du dimanche, se confesse et communie une à deux fois par année. Physiquement, elle n'est ni laide, ni belle, une femme normale et ordinaire.

Un tailleur et l'artisan chargé de lui confectionner son armure, précisent une taille de 1,65m, corpulence moyenne, cheveux bruns, yeux bruns. Plutôt robuste, comme en atteste son armure pesant 20kg.

Sa blessure (à Orléans) sera soignée comme celle de n'importe quel soldat à l'huile d'olive et au lard. Loin de l'image donnée par les actrices des films qui lui furent consacrés, et de grâce oublions l'humble bergère du catéchisme d'antan.

Notons tout de même la ressemblance avec la sublime Ingrid Bergman. Elle se nourrissait d'une manière simple, presque spartiate : pain, poisson, de l'eau, un peu de vin.

À notre époque, elle serait considérée comme anorexique.

Lorsqu'elle quitte Domrémy, elle ne sait "ni A, ni B", selon ses propres paroles. Illettrée, elle peut tout juste signer "Jehanne", au fil du temps, elle apprendra néanmoins à reconnaître les dessins des mots dans les lettres dictées à son greffier. Par la suite elle pourra comprendre le sens général d'un écrit par recoupement avec sa mémorisation photographique.

Elle avoue aussi ne pas être très "casseroles" mais douée pour le filage de la laine et les travaux d'aiguille.

Elle était naturellement douée pour monter à cheval et manier les armes. D'une intelligence vive, pleine d'humour, le sens de la répartie lui est coutumier. Pendant son procès elle éludera souvent les questions qu'elle juge déplacées, n'ayant aucun rapport avec le procès, par "passez outre" ou "je n'en dirai pas plus sur ce sujet".

le procès de Rouen

Jean de Luxembourg a vendu Jeanne aux anglais pour 10 000 livres.

L’accusation de sorcellerie va expliquer les défaites anglaises et semer l'opprobre sur un roi couronné avec l'aide du démon. Pierre Cauchon l’évêque de Beauvais, ami des anglais est tout désigné pour organiser le procès. Les anglais veulent à tout prix se débarrasser de Jeanne et charger les français de la conduire au bûcher.

Un procès qui va durer cinq mois

Le tribunal demanda d'abord une enquête. L'enquête est favorable à l'accusée, Pierre Cauchon "égare" le rapport pour repartir de zéro. Elle est emprisonnée dans le donjon du château de Bouvreuil. Brimades, manque de sommeil, sa maigre pitance renversée à même le sol de la cellule. L’absence de torture (coutumière pour un "bon procès" à l'époque) a même servi le mythe, d’une "noble" origine, le bourreau n'aurait pas osé porter la main sur elle.

Dès la première comparution, les juges la soumettent à un feu nourri de questions. Manifestement le but est de l'amener à se contredire et à avouer qu'elle est sorcière et hérétique. Des questions, sans rapport direct avec le procès, des détails sur ses contacts, l’épée de Fierbois, ses rapports avec ses compagnons d’armes, les révélations faites à Charles VII, lors de leur rencontre à Chinon.

Jeanne répond : «passez outre, je n’en dirai pas plus à ce propos». La paysanne fait face, déjoue les pièges. La conduire au bûcher ne sera pas chose facile. Les maîtres d'université, évêques, théologiens vont trouver une parade.

Fin mai 1431 : Comparution au cimetière de Saint-Ouen.

On lui présente les instruments de torture. Elle se soumet, signe l’acte d’abjuration d’une simple croix (elle qui d’habitude signe de son nom).

Elle accepte de remettre des habits de femme, la condamnation à mort devient en droit impossible. Le lendemain, elle se présente à l’audience en habit d’homme (on lui a subtilisé les autres pendant la nuit). Pour ses juges, elle était hérétique, maintenant déclarée relapse (retombée dans l’hérésie), pour avoir repris des vêtements masculins, le bourreau exécutera la sentence le 30 mai.

Le 30 mai 1431, vers midi, le bûcher s'éteint. Les juges quittent l'estrade pour aller déjeuner et une voix déclare : "Nous sommes maudits, nous avons exécuté une sainte".

Au sol, à l'emplacement du bûcher se trouve un tas de cendres contenant le coeur de Jeanne (intact selon des témoins). Les soldats anglais partent jeter les restes dans la Seine. "Les reliques sont pour les martyrs, pas pour les sorcières".

le procès en nullité

La réhabilitation de Jeanne, un procès pour raison d’église et d’état.

Le traité d'Arras mettra fin au conflit entre Armagnacs et Bourguignons.

En 1450 Charles VII qui n’a rien fait vingt ans plus tôt demande l'ouverture d'une enquête pour préparer une demande en réhabilitation.

Dans le même but la mère de Jeanne adresse une supplique au pape.

L'examen de Poitiers, le rapport "oublié" par Pierre Cauchon (mort bien à propos en 1442) et cette enquête conduisent aux mêmes conclusions. En 1456, un décret du pape déclare la nullité du procès de 1431. Elle est officiellement réhabilitée pour être béatifiée en 1909 et canonisée en 1920.

Celle qui a sauvé la France entre par la grande porte dans la légende et dans l'histoire.

Pour les croyants Jeanne est la sainte libératrice de la France. Pour les autres, elle est l'héroïne historique que la ville d'Orléans fête chaque année début mai depuis 1429. Pour beaucoup de français, elle reste l'étendard d'une certaine unité et identité nationale. Elle est un symbole pour certaines formations politiques. Un des fleurons de la marine nationale a porté son nom.

A propos de l'identité nationale :

http://www.civitas-institut.com/content/view/600/2/

Le bucher

Le bucher

La pucelle

La pucelle

Rouen

Rouen

Ingrid Bergman

Ingrid Bergman

Publié dans Femmes dans l'histoire

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Commenter cet article

Anonyme 10/03/2014 06:45

Une approche différente des images d'Epinal traditionnelles, bravo