Fin 1963 : la séparation des Chaussettes Noires

Publié le par Daniel LESUEUR

Contrairement à Dick Rivers, qui avait quitté les Chats Sauvages du jour au lendemain, Eddy, lui, s'est retiré sur la pointe des pieds... ou des Chaussettes.

La période 1962 / 1963 est assez floue et difficile à comprendre pour les fans, qui ont bien du mal à s'y retrouver, entre les disques solo d'Eddy, les disques instrumentaux des Chaussettes, et leurs disques en commun. En 1962 Eddy a enregistré plus d'une vingtaine de titres avec les Chaussettes, et seulement quatre sans eux. L'année suivante, ce sera tout à fait l'inverse : une trentaine de titres en solo, contre cinq avec le groupe.

Tant qu'aucune séparation n'est officiellement annoncée, on ne sait plus bien qui est avec qui !

Cette confusion, il faut l'expliquer clairement, n'est pas du fait, volontaire, des artistes, bien au contraire. En réalité, les Chaussettes sont tombées victimes, à des dates différentes, de leur appel sous les drapeaux. Les plus jeunes, d’ailleurs, n’ont pas hésité à devancer l’appel pour que tous se retrouvent, si possible en même temps, 21 mois plus tard. Ceci prouve, si besoin était, qu’à cet instant il n’est nullement question d’envisager la séparation du groupe.

En tout état de cause, il est presque impossible d'envisager la moindre tournée du groupe, au complet, ensemble, avec Eddy (une exception, en janvier 1963), au point que la presse titre “Les Chaussettes ont des trous !”. Il est également très difficile de prévoir des séances d'enregistrement, ou même de répétition, en raison des permissions qui tombent rarement aux mêmes dates pour eux tous... sans parler de celles qui peuvent sauter, à la moindre incartade

Eddy Mitchell aurait fait quelques jours de prison militaire pour port de chaussettes (noires) non règlementaires

En revanche, nos amis feront leur possible pour honorer certains contrats signés avant leur incorporation. C'est le cas d'un mémorable concert à l'A.B.C. où Eddy, en tenue militaire, rocke et twiste à rouler par terre, ce qui lui vaudra quinze jours de prison supplémentaires pour manque de respect envers le costume de l'armée française.

Sur scène, les musiciens se remplacent sans cesse les uns les autres

Pour s'y retrouver dans cette période confuse, il faut savoir que Eddy enregistrera avec et sans les Chaussettes et que les Chaussettes enregistreront avec et sans Eddy. Cette confusion alimente les rumeurs de séparation qui courent quasiment depuis le début. Il n'est pas impossible que, dès 1961, l'encadrement du groupe ait misé principalement sur son chanteur. Dès le deuxième super 45 tours ("Daniela"), la pochette indiquait les Chaussettes Noires avec Eddy Mitchell. Rétrospectivement, les musiciens en prennent ombrage, ils ont le sentiment de s’être faits « rouler dans la farine » ! Ils intentent un procès à Eddy, pour cause de rupture de contrat (Eddy aura gain de cause, mais l'histoire s'éternisera jusqu'en 1968).

L'affaire ne passionne guère les médias.

Honnêtement, même si les disques des Chaussettes Noires continuent de se vendre, chacun reconnaît que "la grande époque" de 1961 / 1962 est passée, celle des tubes monumentaux et des tournées triomphantes. Chacun s'en ira de son côté, et surtout Eddy qui a désormais fait le choix de gérer lui-même sa carrière ; il a d'ailleurs déjà publié, en solo, deux 45 tours et un album. En remplacement des Chaussettes, dont le premier contrat s'achève (il n'y aurait donc pas "rupture de contrat", mais "non-renouvellement"), Eddy décide de s'adjoindre les services des Fantômes. Ils ont déjà joué ensemble durant l'été 1962. Cette fois-ci, la formation, qui a changé, est constituée de Dean (guitare solo), Dany Marrane (bassiste), Bernard Ferrao (guitare accompagnement) et Charles Benaroch (batterie). Le saxophoniste Michel Gaucher, ancien membre des Chaussettes Noires (et, auparavant, de Glenn Jack & the Glenners), est également présent. Et un débutant, Jacques Dutronc, sera également parfois présent à la guitare.

L'annonce de la séparation d'Eddy avec les Chaussettes ne semble pas émouvoir grand monde

Décidément, la page est tournée, la mode des groupes français est passée : la nouvelle, en effet, n'occupe que sept lignes, et encore en page 79 de Salut les Copains n°19. Malgré les efforts du magazine (deux pages dans le numéro 24, sous le titre générique "La galerie des sept groupes qui grimpent"), les Chaussettes Noires sans Eddy n'intéressent pas grand monde et ne vont pas tarder à sombrer ; après une tentative en tant que groupe instrumental, sentant le vent souffler de Liverpool, les Chaussettes tentent un inutile et inefficace relookage dans le style "groupe vocal à la Beatles".

1964

Historique, mais anecdotique : c'est en 1964, soit après leur séparation, que paraît la dernière œuvre en commun des Chaussettes avec Eddy. Il s'agit de la chanson "Crois-moi mon cœur", enregistrée pour les besoins d'une scène du film Cherchez l'idole où s'illustrent également Johnny Hallyday et Sylvie Vartan. Sur la pochette, en raison du montage qui doit partager l'espace avec Frank Alamo, on a bien l'impression que Eddy est tout seul ! En effet, on aperçoit très vaguement une partie du visage du batteur, et les mains du guitariste. Pas vraiment étonnant, dans la mesure où, en réalité, ce ne sont pas eux, mais des musiciens de studio qui, dans le film, jouent "à la manière" des Chaussettes. Mais ils font désormais partie de la légende du rock, et leurs disques seront réédités à l'infini.

Fin 1963 : la séparation des Chaussettes Noires

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