1961-1962 : L'étonnante épopée du twist

Publié le par Les auteurs libres

En 1960, nul prophète n’aurait deviné qu’il allait s’abattre sur le monde une mode dévastatrice : le 45 tours américain « The Twist » par Hank Ballard and the Midnighters se classa 28ème au hit-parade de son propre pays ; un score médiocre. Les Anglais, pourtant toujours à l’affût de ce qui vient d’outre-Atlantique, n’accordèrent aucun intérêt à la chanson. Quant au reste du monde, il en ignora jusqu’à l’existence... pour quelques mois au moins. Omniprésent durant 12 bons mois, décrié par Johnny Hallyday et abhorré par les « croulants », le twist disparut comme il était apparu

Pas si nouveau que ça !

Alors que tout le monde reste persuadé que ce rythme a été inventé durant l'hiver 1960-1961, le twist remonte, en réalité, à 1958. Ce sont des artistes de gospel, the Sensational Nightingales, qui l’ont “inventé”. Ce titre ne s’inscrivant pas dans la couleur musicale de leur répertoire, ils l’ont confié à Hank Ballard. Avec son groupe the Midnighters, Ballard en fait un succès mineur de l’année 1960. Il faut attendre l’année suivante, et la version de Chubby Checker, pour que cette danse démarre : cet ancien vendeur de poulet aurait inventé le pas cadencé et les déhanchements du twist dans sa salle de bains en s'essuyant le dos !

Checker fait un tabac

« The Twist » par Chubby Checker rencontre un énorme succès : il est numéro un au hit-parade américain en 1960 mais surtout, il retourne à la même place deux ans plus tard, à l’occasion de la réédition du 45 tours épuisé depuis plusieurs mois. L’Angleterre, qu’il n’avait pas conquise en 1960, tombe sous le charme. Puis le reste du monde, dont la France, évidemment. Mais dans l’Hexagone, le show business fonctionne un peu différemment.

La France se met à la sauce twist

Tandis qu’outre-Manche et outre-Atlantique les voix des fans se concentrent sur un ou deux artistes, en France, pour chaque nouveau succès étranger adapté dans notre langue, les interprètes sont pléthore. Le mot « twist » apparaît dans nos classements en octobre 1961 (« Viens danser le twist » par Johnny Hallyday, mais également Richard Anthony). Vient en décembre le « Twist du père Noël » des Chaussettes Noires. En janvier 1962, Petula Clark entonne le « Ya Ya Twist ». En février arrive au hit-parade « La Leçon de twist » par Richard Anthony et les Chaussettes Noires, en mars « Twist à Saint-Tropez » par les Chats Sauvages... et durant l’été « J’irai twister le blues » par Richard Anthony. Comment résister, alors, à la tornade “twist” ? Même Maurice Chevalier et Tino Rossi se sont pliés aux exigences de la mode, Tino avec « Le Temps des guitares », Chevalier avec le « Twist du canotier » en commun avec les Chaussettes Noires. Derrière eux, d’autres Anciens essaient de s'adapter. Un exemple parmi tant d'autres : Achille Zavatta enregistre « Le Twist militaire ». Et qui se souvient du « Twist de Fernand », par Fernand Raynaud ?

L’Idole des jeunes traîne la patte

Johnny Hallyday n’a jamais été véritablement un adorateur du twist, qu’il considérait comme une forme édulcorée du rock’n’roll. Néanmoins, en 1961, le rock’n’roll est essouflé, tandis que le twist balaie tout sur son passage. D’autant que... ça rapporte : « Let’s Twist Again » est jusqu’alors la plus grosse vente de Johnny Hallyday. Mais Johnny ne sera pas mécontent de donner le coup de grâce au rythme bâtard en annonçant la couleur de la prochaine mode. Et comme tous les jeunes suivent Johnny comme son ombre, ils achètent dès la fin de l’été 1962 le 45 tours « Madison Twist ». Car le twist, déjà concurrencé par le mashed potatoes, le limbo, le locomotion, le sera encore par le slop, le popeye, le hully-gully, le T'bird, le malibu, le snap, letkiss et le watusi. Mais, le grand gagnant dès fin 1962 sera le madison.

Et la santé, dans tout ça ?

Un tel engouement conduit à des excès : bien que d'éminents médecins indiquent que le twist condamne les danseurs à des dangers allant de la simple entorse du ligament collatéral tibial à la fracture, les tentatives de record se multiplient sur la planète. En mars 1962, un jeune Anglais danse pendant 62 heures. Un compatriote lui ravit bientôt son titre d'endurance (96 heures). En Bretagne, en mai, un danseur professionnel fait tomber le record (120 heures).

Le twist reste, par excellence, le rythme de l'année 1962

Mais il est à égalité avec la bourrée : malgré le succès de la Nouvelle Vague, la vieille garde n'a pas désarmé. Au moment du bilan, on constate qu'en ventes cumulées de 45 tours, André Verchuren fut l'artiste le plus populaire de France du début de la décennie avec notamment « Les Fiancés d'Auvergne ». Les adolescents n’ayant pas encore énormément d’argent de poche, la France demeurait la patrie, sinon le paradis de l'accordéon.

1961-1962 : L'étonnante épopée du twist

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