Sixties: les chansons les plus courtes, les chansons les plus longues

Publié le par Daniel LESUEUR

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Syvie Vartan l'avait bien compris et chantait "2 minutes 35" de bonheur", un tube de l'année 1967 ; à l'époque, en effet, une chanson plus courte avait toutes ses chances d'être diffusée mais une chanson dépassant 3 minutes risquait bien de passer à la trappe. Dans un premier temps, il fallut finasser. A partir des 1968, les radios durent s'adapter.

Les chansons les plus courtes

Adam Faith est N°1 au hit-parade anglais en 1959 avec "What Do You Want ?", 1'36". En 1961, Elvis Presley publie le N°1 du hit-parade américain le plus court de toute l’histoire du rock : "Surrender" avec une durée de 1'51". Il faudra ensuite attendre 1967 pour réentendre un N°1 de moins de deux minutes : "The Letter" par les Box Tops.
Le formatage

Il est amusant de comparer les pratiques et les réactions du monde du disque de part et d'autre de l'Atlantique face à ce petit casse-tête. En France, où la durée moyenne (que l'on appelle "format") était de 2'35", une chanson pouvait tout de même être diffusée à concurrence d'une durée de quatre, voire cinq minutes. Au-delà, elle était scindée en deux parties, et l'on n'en diffusait qu'une seule. On connut deux exceptions : « La Non-demande en mariage » et « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » (7'15""), chansons exceptionnellement longues dans le répertoire de Georges Brassens.

De l’autre côté de l’Atlantique

Aux Etats-Unis, la coutume de la chanson obligatoirement courte pour être diffusable semble plus rigide : les programmateurs, avant même d'écouter un disque, consultaient son étiquette pour connaître sa durée (une légende circule sur le compte de l'Américain Phil Spector qui, paraît-il, indiquait des durées falsifiées pour être sûr que ses disques seraient écoutés). Les producteurs de disques réglaient la question en faisant confectionner eux-mêmes des edit, c'est-à-dire des versions volontairement raccourcies pour la radiodiffusion et tirées à part sur des 45 tours "promo" (exemplaires hors-commerce).

Le saucissonnage

Le premier cas recensé est celui de “Fingertips” de Little Stevie Wonder en 1963 divisé en deux parties. En 1965, Bob Dylan écrit “Like A Rolling Stone”. La chanson dépasse six minutes. Pour beaucoup, elle reste le meilleur 45 tours du vingtième siècle (les Rolling Stones eux-mêmes l'ont enregistré au milieu des années 90). En France où le titre semblait trop long pour pouvoir passer à la radio, il est scindé sur un 45 tours simple en deux parties, une partie de chaque côté ; ce tirage spécial est édité pour les radios alors que chez les disquaires on trouve la version complète et non coupée au milieu. Même schéma en 1967 pour « Le Saucisson de cheval » de Boby Lapointe qui est divisé en Partie 1 et partie 2.

Les Beatles inaugurent le 45 tours longue durée

1968… Cet été-la, on inaugure le 45T longue durée : les Beatles ("Hey Jude") et Richard Harris ("McArthur Park ") dépassent tous deux sept minutes sur la même face (le record sera battu en 1975 par le groupe anglais Cockney Rebel qui parviendra à placer une version live de 11 minutes de "Sebastian" en face B de "Mr. Raffles"). Et le public ne s’en plaint guère, puisque les 45 tours cités connaissent un colossal succès. Dans le cas de Richard Harris, célèbre acteur (“Un homme nommé cheval”), son succès doit beaucoup à la grandiloquence des arrangements du compositeur américain Jimmy Webb ; la chanson était à l'origine destinée à durer… 22 minutes ! Signalons que, même si vous pensez ne pas connaître « McArthur park », vous l’avez obligatoirement dans l’oreille : dix ans plus tard, Donna Summer la remit au goût du jour, avec le succès que l’on sait.

Sixties: les chansons les plus courtes, les chansons les  plus longues

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